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Bouteille à la mer - Avalon & Will

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Dim 29 Jan - 13:03
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Pirate
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Combien de lettres étaient éparpillées dans les flots des Bahamas, à l'intérieur de bouteilles scellées ? William en avait écrit des dizaines. Parfois plusieurs par mois, parfois moins, selon ses envies... Même si elles restaient tristement sans réponses, le Reynolds, de son nom alors, ne pouvait s'empêcher de croire que son frère recevrait du moins les sentiments que lui envoyaient ces mots, par quelque mystérieuse magie de l'océan.
Pendant toutes ses années, il n'avait jamais imaginé une seule minute que quelqu'un d'autre pourraient les recevoir, et les utiliser contre lui... Il n'était alors qu'un enfant, puis un adolescent, et il n'avait pas honte d'éprouver une affection sans bornes pour celui qui partageait son sang - le seul, à sa connaissance. Il confiait donc tout aux vagues, sans aprioris ni arrières pensées, dans un geste aussi pur et innocent que l'était le cœur qu'il y déversait.

Il n'y avait plus pensé depuis des mois, ou plus particulièrement, depuis que sa dernière lettre avait annoncé à Cael qu'il partait à sa recherche... A partir de ce moment-là, il avait abandonné l'idée que ses pensées arrivent à lui, et avait décidé de se déplacer lui-même, en personne.
Bien sur, c'était sans aucun doute la méthode la plus efficace, et elle avait d'ailleurs prouvé ses résultats, puisque le jeune homme, sous le pseudonyme de William Butler, se promenait maintenant librement sur le pont du Neptune, qui appartenait à son ainé.
Ce jour-ci, ils avaient fait escale sur l'île de la Tortue, et les pirates avaient tous eu quartier libre jusqu'à ce que le capitaine décide de larguer les amarres à nouveau... Donc, bien sûr, la plupart de l'équipage s'était dirigé vers la taverne, l'ancien aristocrate compris.

    - Qu'est-ce qu'il fait, Vane ? Interrogea William au milieu d'une conversation, mine de rien, tandis que les hommes s'installaient autour d'une table, en parlant le plus fort possible. C'était aussi une des attitudes indispensables à un pirate : il fallait être bruyant la plupart du temps, sauf en cas de dissimulation forcée par les circonstances, c'est à dire quand il y avait des figures d'autorité légales dans le coin. I'reste sur l'navire ?


Mick - couramment appelé Pimples, à cause des pustules qui ornait une partie de son menton - haussa les épaules, et s'écroula sur sa chaise pour seule réponse... Visiblement, personne ne s'intéressait vraiment aux autres, sauf en cas d'ordres, de batailles... Bref, le Butler devrait faire attention à l'avenir de ne pas paraître trop inquisiteur autour de leur patron, ou de qui que ce soit, pour ne pas éveiller les soupçons.

    - R'gardez, la fille, au fond, elle s'balade avec un croco ?! S'étonna soudain Pimples, en renversant une partie du breuvage que venait de lui offrir une hôtesse trop bronzée pour ne pas être issue d'un mélange de race chanceux. J'l'ai vu bouger c'truc, j'vous jure, c't'un vrai !
    - C't'y pas toi l'Will, qu'a perdu un pari l'autre fois à l'taverne des Trois Gredins ? Ricana Priam, en donnant une tape si puissante sur l'épaule du Butler que son alcool vint rejoindre sur la table celui de son compagnon. Va donc nous en apprendre plus sur la p'tit'dame tiens... Et tache d'pas t'faire croquer le...


William ne releva pas la dernière partie de cette grasse plaisanterie, et se leva à contre cœur apparent, soupirant exagérément, pour s'exécuter - et surtout faire rire ses spectateurs. Malheureusement, le code d'honneur exigeait qu'il en doive une à Priam, et Priam avait déclaré son choix... Au fond, l'ancien Reynolds était persuadé que la blague aurait pu être bien pire, et il s'en amusait. Tout ça pour quoi déjà ? Un jeu de boissons encore... William avait toujours bien tenu les bons vins de sa classe, mais les tord-boyaux dont les tonneaux encombraient le navire portaient quant à eux trop bien leur nom... Il avait compris à ses dépens : il était encore novice, et ne ferait plus l'erreur de croire que son estomac le soutiendrait à la fois de ses consommations hasardeuses et du houlement des sorties en mer.

    - Bonsoir, je m'excuse de vous déranger, mais la présence de votre animal suscite ma curiosité... Roucoula le jeune homme, avec la voix mi-suave mi-joueuse qu'il utilisait souvent pour s'adresser à la gente féminine, et un sourire enjoleur soulignant parfaitement ce propos. La brune n'était pas vilaine, aussi cela rendait les choses d'autant plus facile, bien qu'il se faisait un devoir de traiter toutes les femmes de la même façon. Accepte-t-il d'être touché ?


Il se baissa légèrement pour être à la hauteur, avançant une main vers la grosse bête - cette main qu'il avait blessé une fois alors qu'il avait une dizaine d'années, en voulant attraper un gâteau dans le four de son ancienne demeure, et dont la chaleur lui avait laissé une brulure en forme d'étoile. C'était une marque assez caractéristique, mais personne dans sa famille n'y avait fait vraiment attention... Il avait reçu une volée de coups pour avoir dérangé leur servante cuisinière, rien de plus, et l'incident avait été oublié, avec les soins, ce qui n'avait pas aidé la cicatrisation. Il avait raconté cette ridicule aventure à son frère dans une lettre particulièrement colorée en rebondissements, où il avait rajouté quelques exploits improbables à sa mésaventure, pour espérer donner à Cael l'envie de revenir vivre à ses côtés.
Alors qu'il se penchait, un objet attira son regard dans le sac de l'inconnue... Son œil de pirate voleur commençait-il à se préciser ? En vérité, ce n'était pas le cas, et il se redressa brusquement, livide comme un vieillard prenant pour la première fois les remous, après des années à terre.

    - On dirait qu'il aime pas les étrangers... Se hasarda-t-il à commenter, pour garder bonne figure, en sous-entendant que c'était un mouvement du reptile qui l'avait forcé à s'écarter brusquement.


Dans la tête de William Butler, le petit Nathaniel Reynolds paniquait : il avait reconnu une des bouteilles qu'il avait lancé au destin, une quinzaine d'années plus tôt, dans un autre fouillis de parchemins... Mais qui était cette femme qui détenait l'un de ses souvenirs le plus précieux ? Ce qui était certain, c'était que cette lettre ne lui avait jamais été adressée, mais que le fait de l'avoir en sa possession pouvait le détruire, lui et tout ce qu'il avait tenté d'accomplir depuis que ses doigts d'enfant l'avaient touchés pour la dernière fois.
Et il venait de se conduire d'une manière intelligente et réfléchie jusque là, pour l'aborder, sans craindre le crocodile dont la nature lui était trop connue pour un pirate... Peu de gars sur le bateau aurait daigné s'approcher avant tant de calme, la peur habitant souvent les ignorants avec plus d'intensité que les instruits.



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Dim 5 Fév - 18:27
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Bouteille à la mer
William & Avalon

Une belle journée. C’était vraiment une belle journée. Le soleil réchauffait ma peau pâle de ses rayons cléments. Pas un nuage dans le ciel. Avec un temps aussi radieux, il aurait été dommage de rester enfermé entre quatre murs. Nous avions donc décidé, trois de mes plus anciens partenaires (ce qui se rapprochait le plus de camarades) et moi-même, de profiter de la journée en allant faire un tour. Eh non, désolée de briser le mythe, mais les mercenaires étaient des gens tout à fait normaux, ressentant le besoin de passer un joyeuse soirée pleine de festivités. Entre compagnons d’infortune. Après avoir arpenté Tortuga, nous avions jeté notre dévolu sur une taverne assez réputée. Flanquée de mon inséparable crocodile albinos, j’entrai la dernière, fermant la marche. La salle fourmillait déjà de toute la vermine possible et imaginable. Ça criait, chahutait, buvait. Nous nous installâmes à une table dans un coin et passâmes commande. L’ambiance était plutôt bon enfant. De toute façon, lorsque Jack et Peter étaient ensemble, pas une minute ne passait sans que des rires nous échappent. Deux gais lurons, toujours prêts à dégainer leur humour redoutable. J’appréciais ces moments de franche camaraderie. J’étais quelqu’un de solitaire, je ne pouvais pas le nier, cependant ce sentiment d’appartenir à un groupe soudé n’était pas désagréable. Chacun de nous était ce que l’humanité pouvait faire de pire, et beaucoup ne supporteraient pas de vivre après avoir commis les actes qui façonnaient notre quotidien. Néanmoins, nous étions liés par quelque chose de bien plus solide qu’un simple contrat. Nous avions monté notre entreprise ensemble (même si j’en étais à l’origine et que sans moi, l’affaire aurait coulé depuis longtemps), nous partagions des atrocités sans nom, nous partagions le sang qui nous tachait autant les mains que l’âme. Nous nous étions retrouvés entre personnes qui n’avaient rien à perdre. Tout à gagner. Le duo de comiques nous laissa pour se diriger vers une pièce derrière le comptoir. Il y avait là-bas une salle de jeux totalement illégale, mais qui pouvait rapporter gros à qui savait miser là où il fallait. Henry et moi les regardâmes s’éloigner, nous esclaffant encore de leur dernière frasque. Je ne riais pas comme une dame. J’ouvrais grand la bouche, dévoilant mes dents acérées, et un éclat de voix surgissait franchement de ma gorge. Je riais comme un enfant. Sans tenue ni retenue. Ni petit gloussement gracieux, ni éventail pour cacher mon sourire. Quand je riais, je ne pouvais pas faire semblant. Henry alla se resservir au comptoir, choppant la bouteille à la place du verre. C’était un roc vivant. De sa carrure impressionnante de viking, il dominait toute assistance. Tandis qu’il avait le dos tourné, une voix m’interpella : Bonsoir, je m’excuse de vous déranger, mais la présence de votre animal suscite ma curiosité… Je me tournai et découvris un jeune homme au sourire charmeur. J’haussai un sourcil, l’air presque suffisant. Un coup d’œil derrière lui me suffit pour comprendre la raison de sa venue. Ces pirates n’étaient vraiment d’aucune discrétion. Accepte-t-il d’être touché ? me demanda-t-il sur un ton un peu trop ronronnant à mon goût. Je vis Henry toiser l’inconnu d’un regard incendiaire. Je lui fis signe de se détendre. J’étais une grande fille, je pouvais parfaitement me débrouiller toute seule. Il le savait. Oh ça oui. J’offris au nouveau-venu un sourire à la fois mutin et carnassier. Voyez avec lui, il a son petit caractère. En réalité, Mamba n’attaquait que s’il se sentait en danger ou s’il y avait une quelconque menace à mon encontre. Je n’étais pas surprise que l’on vienne le voir. Avec ses écailles d’un blanc nacré, mon amour de reptile faisait toujours son effet. J’observai le pirate se baisser et approcher sa main de mon plus fidèle ami. Soudain, mes yeux sombres se plissèrent. Mais c’est… Je venais d’apercevoir sur la main de l’homme une cicatrice singulière. Une étoile. Le doute n’était pas permis. C’était un signe trop distinctif pour n’être qu’une simple coïncidence. Je savais qui possédait cette marque.

Il y avait de cela quelques temps, par une journée tout aussi belle que celle-ci, je m’étais promenée sur la plage en fin d’après-midi, lorsque le soleil faisait briller la surface des flots. Un éclat plus intense que le reste m’avait alors intriguée. En m’approchant, j’avais découvert une bouteille usée par le temps à moitié ensablée. En la tirant, j’avais vu une lettre à l’intérieur. Le cocasse de la situation m’avait arraché un sourire curieux. En rentrant chez moi, j’avais parcouru la lettre avec attention. L’expéditeur semblait être un garçon. Il y racontait notamment une mésaventure puérile au sujet d’un gâteau au four qu’il avait voulu chiper avant qu’il n’ait refroidi. Cela lui avait causé une brûlure sur la main. En forme d’étoile.
J’avais conservé ce manuscrit très précieusement. Calyspo, le destin, appelez cela comme vous le voudrez, en avait décidé ainsi. Le hasard n’existait pas. L’auteur de cette lettre et moi-même étions connectés. Comment ? Là était la grande question. Je ne savais rien de ce garçonnet au phrasé trop recherché pour venir du bas peuple. Il avait écrit à un être cher, et c’était moi qui avais reçu son message. J’aimais transporter la lettre dans sa bouteille, afin de me souvenir que quelque part, peut-être pas si loin, un enfant (qui sans doute avait bien grandi) avait gravé ces mots avec une tendresse peu commune. Et en effet, le gamin était à présent un grand gaillard ma foi plutôt agréable à regarder. J’en étais sûre. Cela ne pouvait être que lui. Et quand ses yeux se posèrent sur la bouteille qui dépassait de ma besace, j’en eu le cœur net. Sa réaction finit de me convaincre : il se redressa prestement, troublé. On dirait qu’il aime pas les étrangers. Bien tenté. Je détaillai mon interlocuteur de mes prunelles intenses. Il n’était pas forban depuis très longtemps. Certains détails le trahissaient. Sa peau trop lisse, son allure trop droite, son attitude trop assurée. Il avait le visage de quelqu’un qui sait d’où il vient, sûr de ses origines et de son éducation. De plus, il n’avait pas eu peur de s’approcher de Mamba. Soit il était complètement inconscient, soit au contraire il en savait plus sur les choses de ce monde que la majorité des brigands des mers. Pas un gosse des rues. Pas un pauvre type qui n’avait pas eu le choix. Non. Il avait délibérément choisi cette vie de misère. Je le sentais. Il cherchait. Quoi ? Qui ? Peut-être allais-je le découvrir. Je scrutais l’inconnu, comme si je pouvais voir à travers lui, comme si je sondais ses profondeurs. Disons qu’il se méfie des gars qui ont quelque chose à cacher. Un léger rictus narquois étira mes lèvres. Je te connais. Nathaniel, car c’était ainsi qu’il avait signé sa lettre, me paraissait plus que mal à l’aise. Son trouble me fit rire. Oh, je ne me moquais pas. C’était un rire sincère et innocent. Mes esclaffements étaient bien les seules choses innocentes chez moi. J’invitai l’ancien gamin à s’asseoir. Il n’allait pas rester planté comme un piquet. Ç’aurait attisé les doutes de son équipage qui ne nous quittait pas des yeux. Alors c’est toi la nouvelle recrue d’Andreas ? … Oh fais pas ton surpris, y a que son navire qui peut accoster aussi souvent. Le Vane était le seul capitaine à être assez efficace pour ne pas avoir à passer des mois en mer. Hormis pour le plaisir. Tiens, cela me faisait penser qu’il n’était pas encore passé me voir. Je poussai un soupir amusé, posant ma tête sur ma main. Comme quoi, même nos plus proches collaborateurs nous font des cachotteries. Andy (par tous les saints, ce qu’il pouvait détester que je l’appelle ainsi) n’avait évidemment aucune raison de me tenir informée de ce genre de nouveautés, mais je voulais que l’écrivain en herbe sache que sa couverture dépendait (entre autres) de moi.

Emi Burton


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Le crocodile n’avait en vérité pas réagit, et s’était contenté de darder ses yeux pleins de sagesse sur le pirate, attendant patiemment sa réaction… Mais c’était trop tard pour revenir sur ses paroles, et William crut voir un rictus moqueur se dessiner sur les crocs de l’animal : il se faisait avoir à son propre jeu, comme un bleu. Le jeune homme avait toujours admiré ces reptiles, et leur associait une sorte de respect de l’ancienneté, pour leur survie impressionnante à travers les siècles. N’y avait-il pas des traces de ces créatures, plus vieilles que la plupart des mammifères arpentant aujourd’hui la terre ? Quand il avait encore accès aux écrits des bien-pensants de ce monde, William avait lu quelques théories intéressantes à ce sujet.
La question n’était malheureusement pas de savoir ce qui se tramait derrière les prunelles albinos du crocodile domestique, mais bien de comprendre le double sens des paroles de sa maitresse. Un instant, William se sentit perdre l’équilibre, et il accepta de s’asseoir à la proposition silencieuse de l’inconnue, machinalement.

    - Il y a des secrets, madame, qui n’enlèvent rien à la valeur de l’homme qui les garde en son cœur, rétorqua William, abandonnant définitivement son masque de forban. A quoi bon ? Il voyait bien, au regard de la brune, qu’elle l’avait percé à jour… Restait à savoir à quel point, comment, et si elle tiendrait sa langue. Pour ça, il valait mieux jouer franc jeu à présent. J’ai en effet l’immense honneur de naviguer sous les ordres du capitaine Vane depuis peu, confirma-t-il donc, avec un air impassible.


William se retourna doucement vers la serveuse, pour lui commander un alcool fort, et interrogea du regard sa nouvelle interlocutrice, afin qu’elle prenne ou non cette occasion d’être invitée à boire à ses frais. Celle-ci tenta un sourire aguicheur, qu’il ne releva pas, et elle repartie déçue, pour lui apporter une choppe un peu mousseuse, d’avoir sans doute trop voyagée.
Au passage, le Butler croisa le regard suspicieux d’une sorte de viking costaud accoudé au comptoir, et il soutint un instant la tension qui se lisait sur son visage. La sienne était comparable : il ne tolérerait pas qu’on lui cherche des noises ce soir, et malgré son apparence peut-être plus frêle, bien qu’il ait des muscles plutôt développés, équilibrés, l’âme meurtrie de l’enfant qui venait de se réveiller en lui saurait affronter n’importe quelle provocation avec une dangereuse passion.
L’issue d’un combat était rarement un problème d’aptitudes uniquement… Ce qui comptait le plus, c’était l’envie de gagner… Le besoin de la victoire. Et là, à cet instant, celui de William atteignait son paroxysme : personne n’aurait pu le battre avec les poings sans écoper également de quelques blessures mortelles, et cette certitude émanait de lui comme une aura.

    - On m’appelle William Butler, précisa le brun à celle qui n’avait pas encore de nom, en hochant la tête poliment. Plus de mensonges, bien qu’il était aisé de contourner ainsi la vérité. Oui, on le nommait ainsi depuis qu’il avait choisi la voie de la mer contre celle que lui destinait ses origines, son premier titre, Nathaniel Reynolds. Vous avez l’air de savoir beaucoup de choses… Pourriez-vous m’éclairer sur votre propre identité et votre présence en un lieu fort peu recommandé pour une femme qui ne monnaye pas ses faveurs ?


Il fallait bien apprendre à connaitre ses adversaires, pour trouver leurs faiblesses… Ou s’en faire des alliés. William n'avait rien contre les prostitués, même s'il ne les fréquentait que très peu, s'il pouvait l'éviter, par principes personnelles, et sa voix ne trahissait donc aucun jugement sur la question, qui n'était ni une insulte ni une ironie. Il avait dépassé ce stade.
Une fraction de seconde, William songea à voler la bouteille, objet du délit, et partir en courant… Malheureusement, c’était trop tard, surement, pour prévenir les dégâts que pourrait faire une révélation, preuve ou non en main. Il avait beau ne jamais signer ses lettres avec son nom de famille, il était facile de retrouver sa trace, si le désir y était. Depuis combien de temps la jeune femme possédait-elle son bien, et avait-elle déjà réussi à en percer le mystère, au-delà de ce qui était écrit ?
William plissa les yeux, creusant dans sa mémoire pour essayer de se souvenir des détails de son quotidien qu’il aurait pu y laisser, et pourraient le trahir. Il se rappelait y laisser souvent des anecdotes enfantines, mais aussi de longues tirades sur les leçons qui lui étaient données, et qu’il trouvait souvent matière à débat. Il avait longtemps argumenté pour son frère la théorie d’une terre plate qui le laissait perplexe, de la religion qui ne le convainquait guère également… Autant de sujets qu’il refusait d’admettre sans comprendre… Et dans ce cocon familial où chacun suivait les règles, il lui avait longtemps semblé que seul son frère saurait partager sa rébellion intellectuelle.



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William & Avalon

Le lien qui m’unissait à mon Mamba était assez troublant pour des observateurs extérieurs. Le crocodile n’était pas mon ombre, il était bien plus que cela. Il ne se contentait pas de me suivre à la trace où que j’aille, tel un petit chien bien éduqué. Non, notre relation n’avait rien à voir avec la fidélité que peut avoir un cabot pour son maître. Mamba était une extension de moi-même. Une part intégrante de mon existence, comme s’il conservait entre ses écailles un morceau de mon âme. Et l’on pouvait se demander quelques fois si nous ne formions pas les deux faces d’une seule et même pièce. Je déteignais sur lui comme il déteignait sur moi. Au fond, ce n’était pas tant la couleur insolite du reptile qui dérangeait, mais plutôt son intrigante façon de fixer les gens. Comme s’il savait tout. Tous les secrets, toutes leurs peurs, leurs craintes apparaissaient au grand jour dans les yeux rosâtres du crocodile. Son air débonnaire laissait alors place à la froide cruauté de son espèce. Il paraissait détenir tous les savoirs. Une bête venue d’un autre temps, d’un  autre monde. Un survivant. Et cet aspect-là, mystique et redoutable, se retrouvait chez moi. Dans mon petit sourire pernicieux, au fond de mes prunelles de ténèbres que je pointais sur le pirate. Ce dernier accepta volontiers de s’asseoir. Il y a des secrets, madame, qui n’enlèvent rien à la valeur de l’homme qui les garde en son cœur, me lança-t-il, enfin sincère. Il se débarrassa de sa couverture de jeune brigand et laissa place à celui qu’il était vraiment. Du moins, celui que je connaissais sous le nom de Nathaniel. J’esquissai un ricanement à son "madame". Seuls ceux qui ne me fréquentaient pas me donnaient du "madame". J’ai en effet l’immense honneur de naviguer sous les ordres du capitaine Vane depuis peu, continua le brun. J’haussai un sourcil de dédain. Je n’avais jamais compris l’engouement qu’avaient tous ces gens à servir un autre pauvre type. Un honneur… Et puis quoi encore ? Comment pouvait-on ressentir une quelconque fierté à être sous le joug de quelqu’un d’autre ? Non, cela me dépassait.
Une serveuse passa à notre hauteur et le forban lui commanda un alcool fort. J’en profitai pour demander à la jeune femme un whisky. J’aimais bien ces boissons venues de pays lointains, ils avaient un exotisme particulier. Chaque gorgée était un voyage. La demoiselle coula une moue séductrice vers mon compagnon de tablée, mais celui-ci l’ignora royalement. La tête déconfite qu’elle afficha alors me fit rire. Les beaux spécimens encore bien conservés ne couraient pas les tavernes. Et ce bestiau-là n’était visiblement pas très intéressé. La malheureuse. Je remarquai soudain que le pirate se lançait à une bataille de regards avec Henry, toujours au comptoir. Le viking était du genre protecteur. Je plissai les paupières. L’ancien gamin dégageait une violence sourde peu habituelle. Bien bien bien.

On m’appelle William Butler. Vous avez l’air de savoir beaucoup de choses… Pourriez-vous m’éclairer sur votre propre identité et votre présence en un lieu fort peu recommandé pour une femme qui ne monnaye pas ses faveurs ? Nous y étions. Plus de mensonges. Pour lui en tout cas, car je ne comptais pas jouer la carte de l’honnêteté jusqu’au bout. Il n’avait pas besoin de tout savoir sur moi. Et puis, je n’étais pas honnête. Mon sourire s’élargit lorsqu’il me fit comprendre qu’il ne me prenait pas pour une fille de joie. Il est vrai que je n’y ressemblais pas, de près ou de loin. J’étais trop intimidante pour passer pour une femme de petite vertu. Ma façon de bouger, chacun de mes mouvements, mon regard sur le monde… Tout en moi m’éloignait de la vulgarité des chambres d’une maison close.
M’appuyant sur le dossier de ma chaise, je posai mes mains graciles sur mes genoux. Mamba se déplaça légèrement pour se rapprocher de mes jambes, faisant par la même occasion une peur bleue à une serveuse qui passait non loin du crocodile. Avant toute chose, évite de me vouvoyer, ça me ferait passer une personne respectable… ce que je ne suis pas du tout. Quant à ce que je fais ici… Je passais du bon temps avec des collègues jusqu’à ce que tu débarques. J’arrangeai les plis de ma robe, l’air presque distrait. Le marin se méfiait. Et il faisait bien. Car la lettre n’était pas la seule raison pour laquelle je m’intéressais au dénommé Butler. En effet, il y avait de cela quelques mois à peine, des hommes s’étaient présentés à moi, venant de la part d’un certain Gouverneur Reynolds. Ils avaient requis mes services afin de retrouver la trace du fils de leur employeur, qui avait visiblement pris le large. Je ne me serais sans doute pas embêtée à accéder à leur requête. J’avais d’autres chats à fouetter, et mes mercenaires n’étaient pas des espions à la solde de l’Empire Britannique. Si le gosse avait décampé, ce n’était pas mon problème. Seulement, le nom de Nathaniel Reynolds m’avait fait tiquer. Le même que l’expéditeur de la fameuse lettre. J’avais donc accepté de mener des investigations, mais impossible de remettre la main sur le fugueur des beaux quartiers. Jusqu’à ce jour, dans cette taverne. Maintenant, tout ce qu’il me restait à savoir, c’était pourquoi diable le gamin avait-il quitté le bercail, et si la bonne solution était de le rapporter à son cher paternel. En vérité, j’avais déjà ma petite idée sur la deuxième partie. Mon animosité envers le pouvoir en place et mon esprit de contradiction y jouaient pour beaucoup. Dis-moi un peu : selon toi, est-ce que le petit Nath’ est mort… définitivement ? Je ne pris pas le risque de prononcer ne serait-ce que son prénom en entier. Les lieux publics regorgeaient d’oreilles indiscrètes, et qui sait combien de raclures le Gouverneur avait-il engagées ? Mieux valait préserver mes atouts.

Emi Burton


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