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Dance into the groove | Ozzie x Agnès

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Lun 1 Fév - 23:06
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La nuit tombe dans la baie de Tortuga. Quelques navires grincent à quai, le ventre dans l’eau.  Sur le port, la paresse des jours cède à l’agitation de la nuit. On peut entendre la ville meugler. Des musiques très gaies s’élèvent par ci et par là. Tout le monde est parfaitement soul. Le long du port s’aligne différentes tavernes et d’autres maisons qui ont toutes l’air ouvertes. La ville est un peu en retrait derrière mais les navigateurs vont rarement aussi loin. Certains sont souls depuis des jours, parfois même plusieurs semaines. A une vague d’euphorie générale succède parfois des batailles à couteaux tirés. Le lieu est joyeux, festif mais également très dangereux.
Agnès n’est pas encore un visage connu. Elle ère dans un de ces repères, assise contre le bois pourri d’une poutre murale. A l’intérieur, il y a un monde fou. Pour se parler, il faut crier. Au rez-de-chaussée, il y a beaucoup de monde entassés près du bar. Quelques-uns s’y sont parfaitement nécrosés. Le reste est une piste de danse entre les tables renversées. A l’étage, derrière les balustrades c’est la même ambiance. Difficile de trouver une pièce fermée pour de l’intimité, tout est colonisé.
Le dégrafé de son corsage suffit pour son identité. Ses longs cheveux s’étalent érotiquement autour de ses épaules dans des frisottis transpirants, tandis ce qu’elle tète son vin au goulot. Malgré une certaine contenance dû à sa belle carrure, la soudaineté de certains de ses gestes trahi son ébriété. Agnès est ici depuis une dizaine d’heures. Elle a eu trois clients dans la journée. Contre un petit reversement, le patron de cette enseigne la laisse exercer dans ses chambres vides.
Bien ivre elle va danser. Sa présence ne plaît pas à tout le monde. D’abord parce que c’est une prostituée, aussi parce que n’est pas une fille de la région et qu’elle n’a pas l’air de préparer un départ prochain. Elle danse. Un vieil homme sans dent la prend pour se secouer avec elle. Une fois qu’il la lâche, elle rit et range ses seins dans le tissu de sa robe. Il fait extrêmement chaud, son front brille. Elle enjambe des corps, boit, danse encore, s’assoit à des tables, rit à tout ce qui se passe d’un rire fort, grave et déployé. Pour boire encore, il lui faudrait trouver l’argent de quelqu’un. Son regard tremble à la recherche d’un bon pigeon. Ce ne sera pas facile. Finalement elle trouve un homme dont l’habit a dû être beau il y a très longtemps et qui a le front collé au bar. Elle lui propose « Hey beau gosse » et finalement se sert dans sa poche sans qu’il réagisse et repart avec un énorme outre de rhum. Quand on lui parle, elle répond fort. Après quelques gorgées, elle rote et rit d’elle-même puis va poser son cul sur la balustrade à l’étage, les genoux bien écartés sous sa jupe. Avec tout le bordel, elle ne peut même pas entendre une conversation correctement mais le langage du corps suffit.
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Mar 2 Fév - 3:29
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En voyant approcher les deux hommes à travers la vitrine de son magasin, Oswald savait déjà quelle genre d'affaire les amenait. La démarche assurée et le regard déterminé, il n'en fallait souvent pas plus au vieux loup pour deviner les intentions de ceux qui venaient le rencontrer. Alors, il attrapa son pistolet et à peine le carillon sonna-t-il qu'un grand coup de feu fit trembler les vitres. Le corps du premier s'étala pitoyablement sur le sol comme un pantin. L'autre, dans la panique, s'acharna à attraper son arme mais abandonna à la menace du prêteur sur gage. Il le fit verrouiller la porte de son commerce et le fit s'asseoir sur une chaise. Ils discutèrent durant près d'une heure avant que le mercenaire ne lui fasse l'aveu de son objectif.

Cette histoire avait commencé avec ce propriétaire terrien : Eric Hamilton. Eric Hamilton était un homme à mi-chemin entre le pirate et l'honnête citoyen. Le pauvre bourgeois et l'infâme triste sir. On le voyait souvent à Tortuga où ceux qui entendaient son nom savaient à quel illustre personnage ils avaient à faire. Monsieur Hamilton n'était pas un lord. Juste un petit commerçant qui avait percé dans la corruption et dont les rumeurs des soirées orgiaques qu'il organisait dans une maison au nord de Tortuga avaient fait le tour des oreilles les plus indiscrètes. Un excellent ami, si Oswald ne convoitait pas ce manoir qui ne servaient qu'au proxénétisme de monsieur Hamilton.

Ce manoir était en plein milieu d'une voie de commerce importante. Le propriétaire en avait tiré les meilleurs arguments en faisant payer une taxe à ceux qui passaient par ses terres. Comme contourner jusqu'à la ville était dangereux et beaucoup plus long, tous les voyageurs acceptaient de payer. Ceux qui ne pouvaient pas finissaient alors par se faire arrêter par des brigands, le long des routes de campagne. Tout le monde convoitait ces terres. Oswald plus que les autres. Et Hamilton le savait. Alors, il ne se séparait jamais de l'acte de propriété qui faisait de lui le seul titulaire des zones convoitées. Ozzie se renseigna. Il ne lui fallut pas longtemps pour découvrir quelles étaient les putains qu'il fréquentait le plus.

Au prix d'un peu d'argent et de son temps, le prêteur sur gage avait réussit à faire briller l'intérêt de la petite Diana. Une jeune prostituée qui affolait les désirs d'Hamilton et qu'Oswald n'avait pu s'empêcher de regarder avec beaucoup d'envie. Elle accepta d'abord leur marché. Elle ne se mettait guère en danger et Oswald lui paya une moitié de sa part d'avance. Ca roulait, tout était parfait. Absolument par-fait.

Jusqu'à ce que les deux mercenaires ne viennent s'occuper de son cas, une belle après-midi. Avant que son crâne n'explose et que son contenu ne soit vomi sur le parquet gras et poussiéreux du petit commerce, l'homme de main avoua alors qu'Eric avait appris qu'Oswald s'était entretenu avec sa petite copine. Il lui conta comment elle était venu lui parler du regard qu'avait Oswald sur cette maison et ces terres. Et de la manière dont il lui avait touché la main, le visage ou les cheveux. Oswald était dans une foutue merde.

La nuit était lumineuse, heureuse et bruyante. Oswald se tourna pour éviter la collision avec un homme et entra dans la taverne. Il n'avait qu'un nom. Agnès, la prostituée du port. Il en avait entendu du bien pour beaucoup de mal. Loin de la gracieuse petite Diana, il s'agissait d'une beauté exotique et fauve qui traînait sa hanche de ce coin de Tortuga. Le dos droit, le regard agile, il pouvait déterminer assez rapidement qu'ici, il ne trouverait pas ce qu'il cherchait. Dans un calme tranquille qui jurait violemment avec l'effervescence festive des lieux, il alla s'adresser de voix forte au tavernier. Anna ? Ouais, ouais ! Elle est en haut ! Oswald leva les yeux vers l'étage et aperçut les cheveux et le dos d'une jeune femme que lui désignait le tavernier. Il le remercia en tirant poliment son chapeau et dansa jusqu'aux escaliers pour éviter les affrontements physiques. Il laissa passer une femme -une prostituée s'il en jugeait sur la profondeur de sa gorge - d'un large sourire et elle lui répondit d'une caresse habile.

Sa main, toute gantée de noir, longeait lentement la balustrade tandis qu'il se rapprochait d'elle à petits pas. En dépit des cheveux qui cachaient à moitié son visage, il pouvait déjà trouver ce profil familier. Oswald se méfiait de ses impressions de déjà-vus mais il ignorait encore s'il se devait de garder distance ou s'il s'agissait d'une amie. Comme il devinait son état en jugeant de la taille de sa bouteille, il approcha plus serein.

En arrivant par son épaule, il approcha de son dos et sa main attrapa son outre. Elle avait les doigts lâches et mou. Il devinait qu'il n'aurait guère de mal à anticiper le moindre geste malheureux. Son bras encercla sa gorge sans mal tant elle était toute fine et menue et il bu une gorgée de rhum en lui retendant la bouteille.
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Mer 3 Fév - 15:54
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Non mais oh.
Agnès rit encore et se laissa tranquillement enlacer par ce nouveau galopin pendant que la bouteille lui échappait des mains. Celui-ci elle ne l’avait pas vu venir, le dos tourné aux escaliers. De toute façon ça grouillait de partout dans cette baraque.
Elle grommela avec une voix grave, un peu éraillée, symptomatique de l'ivresse.

« Hé…salut, toi… »

D’ici, elle ne voyait pas bien son visage encore. Elle pouvait juste sentir sa barbe lui picoter doucement la joue et l’épaule.  Il savait ce qu’il voulait, le petit bonhomme.
Toutefois, ayant pris quelques risques pour l’obtention de cette bouteille qui, plus qu’un simple plaisir ou exutoire, était véritablement un outil de travail, Agnès n’appréciait pas qu’il s’en empare de cette façon, avec sa tête de parfait inconnu. Du moins supposait-elle qu’il fut parfaitement inconnu, même si à son habit, elle estima qu’il ne pouvait pas être un navigateur. Si elle le frappait à la poitrine maintenant, en tirant du même coup sur la bouteille, il pourrait peut-être tomber de l’autre côté de la balustrade et se fracasser le crâne contre une table en bas. Non, il semblait trop stable dans ses bottes. Ce genre de profil, ce ne sont jamais de bons clients. Ceux qui ont l’air le plus aisés sont ceux qui se barrent sans payer, tout le monde sait ça.
Tant pis, elle laissa faire, continua de rire, de glousser sous son bras et de regarder ce qui se passait sous leurs yeux. Un petit tas de viandes saoules se disputait autour d’une table en agitant des cartes. Ses longs cheveux noirs tombaient sur son visage et se frottait à cette barbe. Elle ne savait pas trop s’il lui parlait, on ne s’entendait pas avec ce boucan. Probablement que non, il venait juste s’abreuver dans le réservoir de chaleur humaine. Une de ses mèches se coinça dans un bouton de manchette du mec, elle tira légèrement la tête pour l’en extraire et pivota le buste pour refermer les doigts sur sa bouteille et la retirer de la grosse main.
En se retournant, son visage lui apparut à la faveur d’une lampe qui se balançait au plafond. Son bras retomba mollement le long de son corps sans tenter d’attraper la bouteille, elle le regarda encore un peu, sous ses cheveux, sans croiser son regard ni vraiment le regarder en face. Pendant quelques secondes, elle fronça les sourcils, plissa les lèvres, réfléchit. Impossible. Si ? Ce serait tout à fait son genre de débarquer à l’improviste pour lui pincer les fesses, mais le hasard était un peu violent.
Son premier réflexe fut de baisser la nuque. Sa vision tremblait un peu, son taux d’alcoolémie ne lui permettait pas de faire confiance à ses intuitions. Elle se retourna vers lui et lui saisit la gorge sans brutalité, en refermant bien ses doigts autour de son petit col.

« Est-ce que je crois c’que j’vois…capt’ain ? »

En quinze ans, on n’oublie pas ce genre de profil. Elle le fixa un peu et éclata de rire.
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Mer 3 Fév - 18:20
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La mémoire d'Oswald avait vu passé tant de visages et tant de noms qu'il sentait d'instinct ceux qu'il avait pu croiser au cours de sa longue existence. Longue et agitée. Aussi, il y eut ce bref instant où les retrouvailles auraient pu être émouvantes et heureuses. Où il aurait reconnu cette bouille encrassée parmi ses tendres souvenirs. Ils se seraient pris affectueusement dans les bras et ça aurait été si beau... Ils auraient pu rire à gorge déployée en se remémorant le bon vieux temps.

S'il connaissait des Agnès ? Oui. A cet âge, des négresses qui portaient des noms aussi doux, c'était assurément commun. Celle-là, particulièrement, lui semblait assez familière pour qu'un grand sourire irradie son visage. Alors il la laissa poser ses mains réchauffées par l'alcool et poisseuses sur sa nuque. Il pencha la tête sur le côté. C'était une impression désagréable et frustrante. Il la connaissait. Oui. Mais il ignorait encore où, quand et comment. Et comme la providence de cette rencontre pouvait lui être favorable, il préféra rire avec elle en fixant sa gorge. Il posa une main sur sa hanche qui glissa le long de son dos pour la tirer contre lui.

Tout dépend de ce en quoi tu crois, mon enfant ! rit-il en attrapant son regard et haussant les sourcils.

Les dents serrées et le sourire grand jusqu'aux oreilles, Oswald lui attrapa la cuisse contre sa hanche.  Et d'un mouvement rapide, l'entraîna brutalement à tourner avec lui pour la plaquer contre le rebord de la balustrade. Le bois cogna. Il pouvait presque imaginer la trace qui marquerait son dos. Dans sa position et avec toute la tendresse que pouvait avoir Agnès pour lui, avoir lui-même le dos faire face au vide lui semblait être un peu dangereux, tant qu'il n'aurait pas pu définir les circonstances de leur rencontre. Songeait-il qu'elle se fracasserait sur le parquet, tout en bas, bien mieux que lui. Les chats retombent toujours sur leurs pattes, parait-il.

Elle lui semblait un peu jeune, pour l'appeler Capitaine. Ca devait faire bien vingt ans qu'il avait raccroché la piraterie. Il commençait à s'échauffer, à force de mouliner dans le vent. Ou alors était-ce le contact de sa jupe qui rengainait son énergie. Dans cette brève seconde, ses doigts se crispèrent un peu plus en dépit de son visage qui lui accordait toujours toute sa sympathie.

Capitaine... Eut-il l'air de goûter au plaisir d'entendre de nouveau cette vieille rengaine, roulant des yeux vers le ciel. Ca fait tellement longtemps que ça m'en ferait presque frétiller ! Combien de temps, déjà...? Dix ans ? Vingt ?

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Mer 3 Fév - 23:56
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Agnès jeta un bref regard au vide derrière elle en laissant son pied se balancer au-dessus du sol, la cuisse collée à sa hanche.  
Dans ce sourire, dans ce regard et dans cette voix, elle le reconnaissait avec de plus en plus de persuasion. Bien sûr que c’était lui, ce bon vieillard dans son raffinement putride. A son assurance cajoleuse, elle devinait qu’il ne la resituait pas.
Sa présence devenait menaçante. La barre lui faisait un peu mal au creux des reins. Agnès sourit comme lui, de toutes ses dents, et elle glissa une main sur son torse pour le tenir à une courte distance et qu’il ne se penche pas en avant, tandis ce que son autre main s’accrochait à la balustrade. Elle prenait la posture de la petite oie sauvage.
Que pouvait-il imaginer ? A quoi pouvait-il croire ? Elle se sentait envahie d’une drôle de vague émotionnelle. L’euphorie de le revoir se battait avec la crainte qu’il réagisse mal. Après tout, elle n’était pas d’une lignée très aimée. Il l’avait abandonné avec l’intention probable qu’elle crève seule et loin de lui. Quand même, ça lui faisait quelque chose d'avoir son visage aussi près. Elle le croyait mort quelque part ce salaud, cet assassin qui avait trop d'ennemis. Il était là, ignare, avec sa moustache douce et ses dents pourries. De très vieux souvenirs remontait sous sa peau, des paroles, des regrets, des sensations... Les ailes de son nez battaient doucement.

« Quinze ans, mon beau capitaine. Je suis longue dans le métier. »

Elle lui reprit doucement la bouteille et bu une longue gorgée sans le quitter des yeux. Il était fin prêt, tout contre elle. Elle posa ses coudes en arrière, contre la balustrade sans ignorer la vue qu'elle lui offrait. Il avait le même regard poisseux que d’autres visiteurs. Les clients d’Agnès posaient sur elle un regard occidental plein de sauvagerie. Les marins venus d'Europe avaient une espèce de fantasme autour de sa couleur de peau et de sa texture de cheveux qui suscitait des envies brutales, violentes.
Elle transforma un peu son sourire.

« Qu'est ce que c'est que cette dégaine de pianiste ? Vous avez perdu votre beau bateau ? » Elle ricana encore sur les derniers mots.

Il avait vieilli, grisonné, son visage était marqué mais c'était lui. Ses petites manies le trahissaient plus que son aspect lui-même.
Dans sa grosse main, outre le galbe moelleux de sa jambe, il pouvait sentir la dureté de son petit couteau attaché à son bas avec un ruban en cuir.
Son regard pris quelque chose de méchant sans qu’elle cesse de lui sourire.

« Faites un effort jeune homme. Ou je vous colle la malédiction d’Opale au cul."
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Jeu 4 Fév - 17:08
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Quand il senti sa petite main se poser sur lui, il eut un regard vers le bas, amusé et plein de défi. Puis la regarda, la bouche ouverte et sans perdre sa jovialité de vieux commerçant. Longue de quinze ans ? Ca faisait quoi, quinze ans ? Il chassait les trésors à travers les quatre coins des océans. Il s'enivrait de boucheries et l'alcools nouveaux. Il y a quinze ans, Agnès ne devait même pas être encore formée comme une femme. Il acquiesça en riant, imaginant à quoi pouvaient ressembler ces galbes-là, quinze ans en arrière. Sa main glissait contre sa jambe. La menace de sa lame contredisait le miel de sa conversation. Il la laissa boire de sa bouteille et regarda une larme de liqueur lui perler le coin des lèvres. Puis, ricana doucement avec elle. Sans la lâcher, sa seconde main désigna le lointain et son regard s'y perdit en abandonnant le décolleté qui le narguait, sous son nez.

Oooh... Mon bateau... Il doit être loin à l'heure qu'il est...

Il la lâcha soudainement, sans prévenir, la laissant retomber sur le sol pendant qu'il reculait de quelques pas en se tenant fièrement le col.

Nouvelle vie, nouvelles affaires ! J'ai fait de l'argent. Beaucoup d'argent. Souffla le prêteur sur gage en brandissant une petite bourse sous les grands yeux de biche malade d'Agnès.

Le bras bien tendu, il faisait tinter la monnaie dans une invitation à peine fardée, au-dessus d'elle.

Puis un mot. Puis un nom.
Opale.

Il y avait des choses, dans une vie, qui ne s'oubliaient pas. Jamais. Il attrapa sa bourse en la fixant, le sourire plus subtil, les yeux qui s'illuminaient, le visage qui se pencha sur le côté. Opale Belle Hermine. Le souvenir de son odyssée à travers les Caraïbes ne pouvaient pas avoir abandonné son esprit. Il se souvenait de celle-là comme s'il n'avait jamais quitté les services. De grands yeux de démons, un sourire à arracher les cœurs et une violence qu'il n'avait jamais connu chez aucun homme. Il éclata soudain d'un rire grave et bruyant, comme un tonnerre qui explose. Un rire qui s'élevait sur toute la cohue.

Le visage d'Agnès s'auréola d'un contexte à présent très précis, si net dans son esprit. Oswald oublia son petit jeu et accepta d'avoir ignoré son interlocutrice pendant un instant, la pointant joyeusement du doigt.

Aha ! Bien sûr ! Je te reconnais maintenant... Ah ! Ca ! Il approcha alors d'elle avec une posture bien plus menaçante et rangea sa bourse à l'intérieur de son manteau. Ouiii... Comme si, à mesure qu'il s'en remémorait, des images lui revenaient au compte-goutte. Oui, oui ! Tu es la fille de Belle Hermine. De cette foutue traînée ! Sans quitter son sourire qui se tordait à moitié d'une fureur contenue, toujours rieur et la tête bien encrée entre ses épaules, il se pencha brusquement sur elle en attrapant la balustrade de chaque côté du bassin d'Agnès. Sa voix se posa soudain, grave et vibrante. C'est que je ne t'aurais pas reconnu, ma grande... C'est fou comme la jeunesse grandi ! Derrière des mots en général innocents, ses yeux tremblaient de malice en détaillant chaque trait qui avait changé en elle. Sa main glissa lentement alors vers sa gorge. Quelle... Heureuse surprise... ! Toujours avec une lenteur muée par une espèce de colère sourde et un désir tût, il caressait gentiment sa trachée de son pouce. Alors comme ça, on a fini par faire la putain... Son visage était désolé mais toute son attitude trépignait d'une sale raillerie.
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Jeu 4 Fév - 17:41
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Pendant qu’il la resituait, la petite bouille d’Agnès continuait de sourire. Quand il approcha son visage, elle ricana avec lui en le regardant dans les yeux et leurs rires se mélangèrent dans la même tonalité, forte et moqueuse.

-Bra-vo, vieillard…

En roucoulant, elle lui gratta le bouc.
La même opération de mémoire avait lieu en elle. Ce corps envahissant, elle en reconnaissait les mécaniques. La présence dominatrice d’Oswald et son besoin d’humilier étaient intact. Tel qu’elle s’en souvenait. Il était comme un gros chat à se lécher les babines mais Agnès n’avait pas spécialement envie d’être sa petite souris maintenant.
Son sourire de vieux séducteur lui en rappelait d’autres. En s’esclaffant de cette rencontre avec lui, elle resongea à certaines rancœurs profondément ancrées. Vendre sa mère avait été une action atroce, impardonnable, qui l’avait conduit à devenir cette créature amère et peu compatissante. Si elle n’était pas devenue une belle, riche et brave créature marine, c’était tout de même de la faute à cet énergumène qui avait cru formidable d’aller demander à un enfant de dénoncer la chair dont il était extrait. Ne s’était-il pas moqué d’elle ? N’était-il pas parti en déposant en elle le plus pesant des cadeaux ? Il osait encore parler de foutue traînée et lui flatter gentiment la joue. Oswald lui rappela sa solitude.

« Quel autre destin m’as-tu laissé, mon poulpe ? »

Sans quitter son doux sourire, elle le gifla avec force et le repoussa à deux mains en arrière pour qu’il trébuche et tombe sur la table où on jouait aux cartes. Il était autrement beaucoup plus lourd qu’elle mais la soudaineté de son geste joua à son avantage. Immédiatement, les joueurs s’en prirent à lui. Résistant à la tentation de lui fendre le crâne avec la bouteille en plus, Agnès dévala les escaliers d’un pas rapide mais fier, le menton haut, le déhanché outrageux et l’air froissé. A le voir, elle avait éprouvé une certaine chaleur au cœur mais il méritait tout de même qu’on lui mange les yeux en tapas.
Sans se retourner ni demander son reste, sans même réajuster la robe qu’il avait déformé, elle traversa la masse humaine en bas, en direction de la sortie.
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Jeu 4 Fév - 19:10
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Il rit un peu avec elle, bouche ouverte et acquiesçant doucement. L'âge avait durcit le regard d'une enfant. Pauvre chose brisée... En elle, il sentait la fierté et l'arrogance de sa mère. Quelque chose de pourri et de cruel, dissimulé dans les rondeurs de ses joues. Mais même après quinze ans, même en reconnaissant les sombres ondulations d'Opale dans les gestes de sa fille, il voyait encore la gamine qu'il avait abordé dans cette vieille épave de Charles-Town, quand il était encore gorgée de sève et plein d'allant. Oswald ignorait si ça avait le don de l'exciter ou de l'attendrir.

Il n'eut pas le temps de répondre à sa rancœur. Il n'eut pas le temps de voir venir le coup. Et alors que son visage s'était fait souffler par l'amertume d'Agnès, il lâcha son cou de surprise. Voulu en rire et cligna lentement des cils. Immédiatement après, il sentit tout son corps balancer en arrière et son équilibre faillir sur une table de jeu. Les pièces volèrent et Oswald, dans sa chute, tenta d'attraper un rebord, quelque chose. Ses doigts se refermèrent un pan de tissu et un autre corps lui tomba dessus. De grands cris se mêlèrent à ceux de l'établissement pendant qu'Ozzie tentait de se rendre compte de ce qu'il venait de se passer. La robe d'Agnès s'évanouit devant ses yeux. Il cracha une injure avant de se relever. Ou d'essayer, pour la rattraper, cette maudite chienne ! Ce furent des mains fines et efflanquées qui le redressèrent sur ses deux pattes. Il reçut un nouveau coup au visage. Cette fois, plus violent et plus douloureux. Ses dents tranchèrent légèrement l'intérieur de ses joue et son cerveau resta sonné quelques instants pendant qu'Oswald avait les bras tendus pour se rattraper à quelque chose. Le monde tournait tout autour de lui. Il digéra l'insulte du joueur qui venait de perdre sans doute beaucoup et fut ensuite projeté sur le buste d'un second joueur qui le prit avec la même rage par le col. Il n'entendait pas les politesses qui lui étaient adressées. Tout ce qu'il entendait était des aboiements agressifs. Tout ce qu'il voyait, c'était Agnès qui descendait les escaliers, derrière l'épaule de celui qui le secouait violemment sans qu'il ne comprenne le moindre mot. Son esprit se réveilla soudain et son regard se redressa vers le visage du joueur.

Coup de tonnerre.

Les doigts qui l'emprisonnaient se relâchèrent et le corps tomba mollement à terre. Oswald rangea immédiatement son arme et entreprit de courir au cul de la négresse quand le premier joueur s'interposa. Pas cette fois. Les réflexes d'Oswald le trahissaient  de plus en plus souvent avec l'âge mais il gardait la célérité d'un petit diable. Il attrapa l'épaule de son adversaire et lui envoya le visage contre la balustrade, d'un coup sec et maitrisé. Comme il le sentait sonné mais encore bien énervé, il ferma plus durement ses doigts dans ses cheveux et lui éclata le nez à plusieurs reprises contre le bois du rebord. Et d'un grand geste, ample et théâtral, le balança dans le vide. Du sang avait été projeté sur tout le rebord, par terre et même sur ses gants. Cette poisse ... Oswald se retourna vers les autres joueurs qui restèrent immobiles et interdits. Bien. Il se lança immédiatement après à la poursuite d'Agnès dont il pouvait repérer les plis de sa robes colorée parmi les blousons bruns et les chemises de lin grises de crasse. Il sauta par-dessus une chaise et s'élança directement en sa direction, bousculant d'un bras ferme tout ce qui faisait office d'obstacle.

Des gens volaient partout autour de lui. Le regard fermé vers les cheveux d'Agnès, Oswad avait l'impression de se battre dans un ouragan de bruits, de lumières et d'agitation instable. Il lança sa main qui attrapa un bout de tissu. Puis une taille. Ses doigts se refermèrent dessus et d'un mouvement rapide, tira pour la faire tomber contre lui. Ses bras vinrent l'enfermer dans leur étau et sa main lui agrippa la gorge sans douceur.

Doucement ! Son ricanement vint grincer aux oreilles d'Agnès. Tant de violence... Je n'arrive pas à croire que tu puisses encore me tenir rancune après tout ce temps ! Sans même qu'il ne s'en rende compte, sa main se frottait contre son sein avec une tendresse brutale. Et moi qui venait vers toi en honnête homme...
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Jeu 4 Fév - 19:37
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Dans la taverne, le corps tombé et les meuglements à l’étage suffirent à déclencher la troisième bataille du soir. Le type qu’Oswald avait jeté s'était à son tour écrasé sur une table. Ses comparses s’élançaient à la poursuite d’Oswald et le reconnaissait dans le visage d’autres types. Certains sortaient leurs armes, ça se mit à crier dans tous les sens. Quelques lampes se fracassèrent par terre et il y avait des gens à toutes les hauteurs, du ras du sol jusque que sur les tables.
Agnès battait des pieds pour se dégager mais cette fois, la force d’Oswald ne laissait pas de choix. Il la tenait bien, en étau. Elle tenta de se libérer quelques secondes avec des mouvements du buste puis émit un ricanement spasmodique de défaite.

« Tu crois quoi ? Que j’allais oublier que tu m’as planté toute grosse dans une ville militaire à la con ? »

L’air d’accordéon continuait d’accompagner la bagarre. Un type se retrouva projeté contre le bar juste devant eux et pour les protéger de projectiles, Oswald devait baisser un peu la tête.

« Tes affaires ont l’air de bien aller…mh… » Elle tenta de tourner la tête vers lui quitte à presque se rompre le cou. « On dirait qu’pour toi c’est la réussite à c’que je vois. On aurait presque envie de t’appeler Monsieur. T'as baisé le gouverneur ou quoi ? » Elle poussa un grognement et lui montra les dents en faisant une grimace de fauve. Pour s’entendre, il fallait se parler encore plus fort. Même en criant, sa voix trahissait de fausses menaces. L’excitation qu’elle avait de le revoir était plus que visible.
Sa poitrine se souleva pour soupirer. Elle tenta encore un mouvement pour se dégager puis abandonna et se laissa cajoler, toute molle.
« On s’entend p… » Une bouteille vola juste devant son visage et s’éclata sur le mur derrière. « Bordel de bite… »

A nouveau elle tenta de se retourner. « Sors-moi de là ! Qu’on cause ! »
Ce disant, elle termina sa bouteille de rhum et la brisa sur la tête d’un forban qui passait en courant à côté d’eux.
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Jeu 4 Fév - 22:03
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De vieilles histoires que t'aurais bien dû enterrer, comme je te l'avais conseillé ! Son visage était proche du creux de sa nuque. D'aussi près, il pouvait sentir les effluves de parfum improvisés qui s'échappaient de son duvet.

La main qu'il s'occupait à de tendres caresses nostalgiques lui attrapa soudain l'épaule et avec Agnès, Oswald pivota pour esquiver de justesse le pied d'une chaise qui leur vola sous le nez. Il ne l'avait cependant pas lâché et sa proximité resta intacte.

Ces vieux contes de maternité, Oswald n'y croyait qu'à moitié. Elle lui avait juré. Oui, oui. C'est toi le père. Mais qui croit encore aux bonnes paroles d'une fille des eaux et d'une progéniture noire ? Oswald avait haussé docilement la tête et quand bien même avait-il fantasmé de tout raccrocher pour une petite vie tranquille de père de famille, il n'en rêvait nullement avec elle. Une gamine qui avait trois fois moins son âge et élevée par la piraterie. Combien de fois l'avait-il laissé entendre ? Un bâtard parmi tant d'autres. Fais-toi le enlever ou abandonne-le. C'est pas mon soucis. Oswald avait-il seulement prêté serment devant un prêtre ? Oh, ça oui, il aurait tenu ses engagements ! Il les tenait toujours ! Mais ça, ce n'était rien d'autre qu'un accident de parcours et il comprenait à peine le sentimentalisme d'Agnès concernant ces choses-là. Ca l'émerveillait de songer qu'elle le pensait capable du moindre soutien. Il l'avait payé ! Il n'était pas partie sans rien lui devoir ! Un autre ce serait enfuit sans un mot, sans une trace. A l'Anglaise, comme on dit ! C'était presque flatteur, pour l'ego d'Oswald. Avait-il un visage si paternel que ça ? Il rit et se baissa pour ne pas passer par la trajectoire d'un poignard.

Aaah... Ca ! J'ai bien failli ! Il n'aurait assurément pas refusé. se moqua-t-il sans s'en sentir blessé.

En voyant d'aussi près cette petite bouille d'animal en fureur, Oswald recula légèrement la tête et ricana grassement, posant une langue nerveuse sur sa lèvre. C'était adorable et à la fois terrible. Ce petit lionceau qui ne grandirait jamais et dont il savait féroce. L'avait-il presque élevé lui-même ! Lui, son plus grand trauma ! Sa plus belle rencontre ! Et la plus terrible, sans doute aussi. Alors pourquoi ne pouvait-il pas s'empêcher de voir dans son regard quelque chose d'heureux et de frétillant ?

Les choses s'acceleraient à une vitesse folle, dans le coin. La rage ambiante avait un effet inverse mais extrêmement contagieux sur l'humeur d'Oswald. Il se sentait d'entrain pour faire la fête ! Oublier ses petits soucis ! Lui payer une bouteille et repartir pour un tour ! Mais demain, il n'aurait pas à attendre longtemps pour revenir à la réalité. Hamilton devait déjà se douter de la disparition de ses assassins. Alors il lâcha Agnès d'un coup. Et leva grand les bras pour l'inviter à sortir.

Bien volontiers ! s'enquit-il en soulevant poliment son chapeau.

Il prit alors la jeune femme par l'épaule et l’entraîna à l'extérieur. Au dehors. Là où les odeurs de bière, de mousse, d'alcool, de pisse et de sueur se substituaient à celles de la fraîcheur et de la nuit. La soirée n'était pas terminée. Et en sortant de la taverne, on entendait partout sur le port les hurlements de gaieté qui faisaient le charme de Tortuga.

Agnès, il la sentait minuscule à côté de lui. Il eut envie de la lâcher, d'ouvrir grand son cœur et ses bras, aller et venir en discutant au bord des routes pavées. Mais le prêteur sur gage garda bien fermement sa petite proie tout contre lui en marchant, éclatant de rire, comme si les vapeurs de whiskey lui étaient montées à la tête. Il était hors de question de la laisser filer. Hors de question de la perdre. Et tandis qu'il entraînait ses pas vers des chemins qu'il connaissait, il se pencha vers elle, d'un voix forte et décomplexée.

Et bien, et bien ! Comme à la belle époque, n'est-ce pas ? Son bras libre s'agitait au-dessus de sa tête et sa main désigna les gros titres. Toi et moi, à la clarté de la Lune, à discuter paisiblement... Il insista sur l'articulation de ce dernier mot. Il était peu probable qu'elle daigne l'écouter mais Oswald ne doutait pas un seul instant de ses arguments. Il lui tapa paternellement l'épaule. Qu'est-ce que tu en penses ? J'ai des projets pour toi, ma grande. De grands projets... Qui peuvent te rapporter gros. Tu vas tout de même pas me dire que ce sont de vieilles histoires passées qui vont t'empêcher de faire fortune ? Si...?
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Sam 6 Fév - 0:28
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Agnès le regarda quelques secondes avant d’éclater à nouveau de rire.

-Non mais je rêve… Tu as le CULOT de me proposer une AFFAIRE ?

Son rire était méchant, grave et enrayé. D’un mouvement d’épaule, elle tenta à nouveau de s’extirper de sa grosse main mais impossible : à côté de lui, c’était Poucette.
Ce type avait une manie avec la poésie qui rendait toute altercation ridicule. Elle s’en souvenait maintenant.

-Vas te faire foutre avec ton clair de lune…

En plus maintenant il était saoul. Elle semblait avoir retrouvé la pleine fonction de son esprit et toute la vitalité nécessaire. A la lumière de la lune, ses cheveux s’éclairaient poétiquement d’un halo pâle autour de ses boucles élastiques, maltraitées par le vent des marées. Quand elle avait quinze ans, ils avaient exactement la même forme ondulante qui avait fait d’elle une bonne négresse d’intérieure, contrairement aux cheveux crépus qui déplaisaient aux maîtres. Opale avait les cheveux très crépus. En quinze ans, Agnès avait peu grandi mais ses hanches s’étaient considérablement élargies. Son corps était devenu plus galbé, plus en courbe pendant que son esprit se raidissait.
Oswald avait bien vieilli, dans la nuit elle le voyait un peu différemment. Chaque geste, chaque mot qu’il prononçait la rappelait à son souvenir. C’était fou ce qu’on pouvait oublier et enfouir en soi.
Elle cessa de rire et épousseta sa jupe verte.

-Tu mériterais ma fouille en plein cœur pour oser revenir te traîner dans mes jambes… Et puis ne me prend pas pour un cul de le sable, j’sais très bien qu’tu m’avais pas du tout recadré en venant te frotter la nouille.

Sans encore parvenir à se défaire, elle lui prit le menton et l’obligea à se tourner vers elle.

-Si t’as des projets pour moi j’crois ben avoir deviné d’quoi tu parles. Me déguise pas ça en abordage. T’es vraiment pas moral pour revenir me bourriner après m’avoir reconnu.

D’un geste théâtralement résigné, elle lui lâche la barbichette en soupirant.

-Mais par nostalgie j’accepte ton offre, on peut aller chez toi avec mon clair de lune et ton grand mât, tu as l’air de pouvoir me régler. Vas pour la fortune !
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Mar 9 Fév - 22:02
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Entre ricanement poisseux et sourire gras et suintant de sous-entendus ignobles, Oswald entraînait Agnès sous son bras, d'une grande et théâtrale gaieté. Il la regardait. Regardait les rues. Eclatait de rire à ses repproches. Oui, oui, je comprend, disait son attitude. Son visage, lui, lançait des regards complices et à peine implicités vers la petite Agnès.

Oswald soupira bruyamment.

Allons, allons ! Nous n'avions pas la même vie... Pas les mêmes ambitions... Se moqua-t-il, sans la moindre décence. Où est-ce que tu vas chercher tes espoirs, ma belle ? Il fallait vraiment te recadrer ? Allons, allons... Nous savons tous les deux que nous aurions fait de bien piètres parents. Surtout toi.

Oswald faisait l'idiot ou l'innocent. Les deux allant de paire. Il savait parfaitement quelles fautes lui reprochait Agnès. Il ne s'agissait pas seulement de sa maternité. Oh ! Ca, non ! Mais, leur petite histoire n'était faite ni de douceur ni de poésie. Le vieux Ozzie entendait bien les complaintes pleines d'amertumes de la jeune femme. Mais il n'était guère d'humeur coupable et sa conscience n'était pas sensible à ces bêtises-là. Jouer les bêtes, faire comme s'il ne comprenait rien à sa rage, c'était éviter les explications larmoyantes et tragiques qui échauffaient plus ses nerfs que ne le faisaient fondre de compassion.

Sans en perdre le moindre sourire, Oswald laissa Agnès planter ses griffes dans les noeuds de sa barbe et lui tint le même regard fauve qu'elle lui lançait. Qu'on en dise ce qu'on voulait. Si dans dix ans, Agnès aura perdu toutes ses dents et ses hanches deviendront creuses et saillantes, aujourd'hui, elle restait la créature hargneuse et sensuelle qu'il avait connu. La prostitution et la pauvreté avait à peine émoussé ce qui la rendait désirable aux yeux d'Oswald. Il écoutait à peine ses lamentations, alors que son esprit se laissait fasciner par cette magie qui l'avait laissé fidèle à elle-même.

Son clair de Lune et son grand mât ? Il n'avait sans doute pas tout suivis et lorsqu'elle lui lâcha le menton, il resta immobile et le visage resta penché vers elle. Il éclata de rire. La nostalgie et ses miracles ! D'un éclat sonore, il se mit à avoir un fou rire. Le genre de fou rire incontrôlable et inexplicable. Et tout en marchant, il continuait à rire. Si fort que ses poumons s'écrasaient sur eux-même et qu'il fut prit d'une violente quinte de toux. Il crachota, tenta de respirer et de calmer doucement sa respiration.

Alors, dans ce cas ! dit-il après avoir raclé sa gorge et vidé son contenu à côté.

Il jouait le jeu. Pourquoi pas. C'était inattendu mais prévisible. C'était bien le but, au début, lorsqu'il l'avait abordé. L'entrainer dans une petite chambre en lui promettant le 7e ciel. Et puis la faire redescendre jusqu'au 8e cercle de l'Enfer où ses desseins y seraient bien mieux accueillis sans doute.

Alors, il la lâcha. Dans cette mesure où elle le suivait avec sa nostalgie chérie, Oswald n'avait pas de raison de la tenir en laisse contre son bras. Il les ouvrit grands, ses bras, et inspira une grande bouffée d'air frais.

Tu sens ça ? Il posa une main légère sur son épaule. C'est le parfum de ta richesse... Il se redressa d'un seul coup. Tu sais... Puis la pointa du doigt. Ne va pas croire que je suis un homme sans cœur. J'ai beaucoup pensé à toi ! Il la lâcha avec les mêmes gestes soudains et imprévisibles. Dis-moi. Tu en as fait quoi, de ce marmot ? De c'que je me souvienne... Il était trop tard pour le faire arracher.
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Jeu 25 Fév - 1:18
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Tandis ce qu’il riait, Agnès se renfrognait. A l’époque, il n’était pas si précipité, si nerveux ni si grandiloquent. Derrière le voile de la nostalgie et des souvenirs communs, elle pouvait reconnaître l’agitation d’un homme en proie à quelques angoisses. Il riait trop fort, bougeait trop les bras, peut-être se trompait-elle mais elle pressentait quelque chose de mauvais qui se profilait dans cette affaire.
Le souvenir du « marmot » la ramena dans le passé, encore.

« La peste, que tu veux savoir c’que j’en ai fait ? J’l’ai pondu dans ce monde pis le bon Dieu l’a fait son œuvre et que ça nous regarde pas nous autre. »

Carne, il n’allait pas la ramollir comme ça en lui évoquant des visages d’antan sur un air de mandoline. De cet homme-là, il fallait se méfier. Il avait tôt fait de vous mettre la langue bien profond, elle le savait bien. Oswald Obe Queen était un oiseleur, un charmeur de serpent qui emmène tous les enfants se noyer dans le fleuve.
Tous ses grands gestes avaient le don de l’agacer.

« Et, sorcière, je sais pas si c’est que t’es saoul, que t’es tendu ou qu’t’es juste devenu imbécile mais arrête de t’agiter comme ça, on dirait une potence dans le blizzard. Et puis porte moi, j’en ai marre de marcher. »

Un long coup de vent leur lécha le dos tandis ce qu’ils arrivaient. Située à une certaine extrémité de la péninsule, la maison d’Oswald pouvait se reconnaître. Agnès siffla. « Bah monseigneur, on se la met belle. » Beaucoup trop grande pour un seul homme, entourées de clôtures pointues mais pourries, avec la boutique en devanture. Derrière les vitres noires, on ne discernait pas bien le bric à brac mais pas mal de cadavres d’objets traînaient un peu devant. Agnès leva les yeux sur le bâtiment en se demandant si tous les étages lui appartenaient, restant un peu en retrait de lui. Elle nota un carreau cassé à une fenêtre du rez-de-chaussée. « Rien à voir avec ton foutu rafiot, t'est devenu un vrai terrien. » Il s’était peut-être un peu embourgeoisé, m’enfin il avait toujours l’air aussi con.
Suivre Oswald revenait à suivre un inconnu chez lui. Se prostituer à l’air libre était la pire activité possible. C’était la porte ouverte à toutes les mésaventures et Agnès commençait à s’en vouloir d’avoir emboité le pas à ce visage d’une ancienne vie. Il lui sembla subitement que leur entente passée ne la garantissait pas contre les coups, le vol et les malfaisances sadiques et malhonnête des clients qui ne comptent pas payer. Elle avait déjà entendu parler de ses filles séquestrées pendant des mois. A ses sombres idées, elle hésita à passer la porte.
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