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Tout homme qui n'est pas à sa place reste sur place | Emile & Ludvik

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Dim 3 Mai - 16:53
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~ Tout homme qui n'est pas à sa place reste sur place ~

Je levai les yeux vers le haut du temple. C'était le seul à avoir à peu près survécu à l'arrivée des espagnols, malgré les manques par-ci par-là. On pouvait dire que c'était un chef d'œuvre : en forme de pyramide, il devait y avoir une centaines de marches - à vrai dire, mon jumeau et moi nous étions amusés à les compter, mais avec les années passées, certains niveaux devaient s'être écroulés. On pouvait facilement voir les trois paliers qui constituaient la roche, comme des marches bien plus importantes. De là où nous étions, au sol à quelques mètres des premières pierres composant les escaliers, le point culminant du temple était invisible. Il devait sûrement avoir été détruit, bien plus encore qu'à notre venue, à mon jumeau et moi. C'était particulièrement dommage, car la pierre déjà abîmée par le temps et les espagnols n'avait pas besoin d'être souillée par l'homme de nos jours. Surtout qu'avec le moindre faux-pas, l'entrée pouvait être obturée, ce qui serait passablement gênant pour mon visiteur et moi-même, de carrure assez développée.

Nous avions déjà été assez malmenés pour arriver jusqu'ici. La nature était encore plus dense par ici, autour du temple, qu'à la ville. Les arbres étaient très haut, leur cime touchant presque les nuages, tandis que leurs branches, bien trop basses à mon goût, nous avaient muré le chemin déjà difficile d'accès. Les grandes herbes mouillées s'accrochaient à nos pantalons, l'eau s'infiltrant dans nos bottes, engourdissant nos membres par le froid du petit matin. La verdure avait grossi depuis ma dernière venue, mais j'avais facilement pu nous conduire à notre but, bien que je me fusse pris plusieurs branches dans la figure et même dans les parties. D'habitude, c'était mon frère qui se prenait les pièges de la nature, étant le plus intrépide de nous deux, mais à ce jour, j'étais le chef de la minuscule expédition, et c'était à moi que revenait la tâche de me faire fouetter par le branchage. J'allais bien trouver un moyen pour qu'au retour, on échange nos places.

Plusieurs jours auparavant, le corsaire Emile Fleury était venu me voir à la forge. Bien que sa présence ne soit pas une surprise en soit, j'avais tout de même été intrigué par sa venue. Sa commande avait été passée un peu plus tôt, et je l'avais remplie aussi vite et aussi bien que d'habitude. Avait-il des remarques à me faire, de nouvelles conditions, des critiques ? Mais j'étais loin de me douter du sujet de conversation qu'on allait aborder alors. Campeche est une ville où les Mayas avaient été les premiers habitants du lieu. A l'arrivée des espagnols, cette civilisation fut décimée, laissant derrière elle de multiples preuves de son passage. J'avais déjà visité les temples et les ruines, allant jusqu'à les fouiller pour trouver quelque chose nous permettant, à mon frère et moi, de survivre alors que nous n'étions que des adolescents. Mais je n'avais rien trouvé, ni butin, ni pactole, pas même la moindre petite pièce d'argent. A croire qu'ils avaient tout détruit avant de mourir. Il était impensable qu'ils pussent vivre sans trésor, toute populace quelle qu'elle soit est dans le besoin de se réguler par la monnaie.

Emile avait donc quémandé mes services en échange d'argent - ou du moins, en échange d'une minuscule partie du butin trouvé. J'avais eu beau lui affirmer que j'avais presque tout retourné, le "presque" l'avait convaincu que j'avais raté quelque chose. J'étais déjà entré dans un temple, mais je n'avais guère osé m'aventurer trop profondément de peur de mourir. Après tout, j'avais peut-être vraiment raté un morceau, une partie gorgée d'or. Et même si on découvrait quelque chose, il était impossible de tout ramener d'un coup ; en parler serait suicidaire, et apposer le sceau français sur une propriété du sol mexicain inconcevable. Néanmoins, Emile avait insisté, et j'avais plié. Comment refuser une aventure aussi excitante que partir à la recherche d'un trésor ? Le seul hic, était que je n'avais pas à monter dans un quelconque navire. Dommage.

Et nous voilà donc, à quelques pas du plus haut temple encore debout. Ses compagnons n'avaient pas résisté aux espagnols et s'étaient soumis ; de gros morceaux avaient disparu, lissant tout un pan entier d'une des façades. Des ruines s'étalaient çà et là autour de nous, luttant vainement contre les herbes et le lierre s'enroulant et enserrant la pierre. Malgré le froid du matin, quelques rayons de soleil perçaient, et mêlés à la brume légère, donnaient une allure fantomatique à cet espace désertique. Une femme se serait fait dessus à l'idée de devoir rester en ce lieu pour y chercher des trésors. Je ne vous parle même pas de l'idée d'entrer dans le temple... Inimaginable ! - Notez l'ironie de ma phrase. Je n'avais pas ce problème avec mon compagnon de voyage ; un marin digne de ce nom, Corsaire qui plus est, n'était pas de petite nature. Du moins, je l'espérais. Pour lui.

- Je propose qu'on aille directement à l'intérieur. J'ai déjà fouillé les alentours et, à moins qu'un pirate ne soit venu ici et n'ait perdu son butin, ce qui est fort improbable, il n'y a rien qui puisse nous intéresser.

Bien que je ne sois pas le plus haut gradé ici, on pouvait dire que nous étions au même niveau, puisque je connaissais un tant soit peu les lieux, contrairement à Fleury. Et même si nous nous connaissions depuis un bon bout de temps à présent, je refusais catégoriquement de courber l'échine devant lui et devant qui que ce soit tant que j'étais dans mon élément. Je n'étais certes pas à la forge, ni même chez moi, mais je n'étais pas non plus sur un navire entouré de personnes prêtes à tout pour m'assujettir. C'est pourquoi nous étions, pour moi, en associés durant cette fouille. Quoi qu'il pût en penser.

- Il faudra faire attention en montant. Les pierres glissent, et certains morceaux peuvent lâcher à tout moment.

Ce serait quand même dommage qu'il se blesse ou qu'il se tue sur terre, à la recherche d'un butin peut-être inexistant. Et ce serait encore plus gênant que je sois le seul témoin. Je ne savais pas s'il avait prévenu quelqu'un de son départ - il valait mieux qu'une tierce personne soit au courant de ses affaires, s'il lui arrivait malheur -, mais je n'étais pas tenu de le lui demander. Après tout, je n'étais pas là pour prendre soin de lui ; un homme de sa trempe connaissait tous les risques encourus durant un voyage, quel qu'il soit.


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